dimanche, avril 12, 2026

À propos de la contribution des femmes montréalaises à la victoire de la Seconde Guerre mondiale — des couturières aux électriciennes

La Seconde Guerre mondiale fut un moment décisif dans l’histoire des sociétés occidentales. Pendant six ans, toute la société a vécu au rythme du conflit : elle produisait, elle était mobilisée, elle était rationnée et elle combattait. L’ensemble de la population a été appelé à contribuer à l’effort de guerre, que ce soit en tant que soldat ou en tant que soutien. Aucun citoyen n’y a échappé. Bien entendu, la guerre a également eu un impact profond sur les femmes. Ce fut une période où elles sont devenues beaucoup plus visibles dans la sphère publique. À la maison comme au travail, elles ont été appelées à soutenir le front. La particularité de leur participation réside dans le fait qu’elles ont accompli des tâches auparavant considérées comme l’apanage des hommes. Pour en savoir plus sur comment et où les femmes de Montréal ont travaillé pour hâter la victoire sur l’Allemagne hitlérienne, consultez le site montrealyes.com.

Les réalités de l’emploi en temps de guerre

Au début de la guerre, le Canada a répondu aux besoins de production engendrés par le conflit en s’appuyant sur ses industries existantes. De nombreux secteurs, tels que l’aviation, la construction navale, la chimie, les transports et le textile, ont été sollicités pour répondre aux nouvelles exigences de la guerre. La production a été étendue et les volumes ont considérablement augmenté.

De grands centres industriels se sont formés autour de cette production. Montréal, avec ses nombreuses industries, employait le plus grand nombre de travailleurs au Canada. En 1944, la ville a atteint un pic de 292 660 personnes employées dans l’industrie de guerre. La production était concentrée dans des domaines tels que la fabrication de munitions, d’explosifs, le textile, ainsi que la construction aéronautique et navale. Et à cette époque, la part du lion de ces travailleurs était constituée de femmes, car les hommes étaient au combat.

En effet, pendant la guerre, de nombreuses femmes ont occupé divers emplois auparavant réservés aux hommes. Le Canada a même eu sa propre « Rosie », surnom donné aux femmes qui travaillaient dans les usines pour soutenir l’effort de guerre. Beaucoup d’entre elles travaillaient aux côtés des hommes dans les usines, sur les aérodromes et dans les fermes. Elles fabriquaient des pièces pour les navires et les avions et produisaient des munitions. Elles conduisaient des autobus, des taxis et des tramways. Des milliers de femmes à Montréal ont prouvé qu’elles avaient les compétences, la force et la capacité d’accomplir les mêmes tâches que les hommes.

Sur une population totale de 11 millions d’habitants, seulement environ 600 000 femmes canadiennes avaient un emploi permanent au début de la guerre. Pendant le conflit, ce chiffre a doublé pour atteindre 1,2 million. En 1943-1944, le taux d’emploi a atteint son apogée : 439 000 femmes travaillaient dans le secteur des services, 373 000 dans l’industrie et 4 000 dans la construction. Grâce à leur plus petite taille et à leur dextérité, les Montréalaises ont excellé dans les travaux de précision en électronique, en optique et en assemblage d’instruments.

Leurs fils étant partis à l’étranger, de nombreuses épouses d’agriculteurs ont dû assumer des tâches supplémentaires. On connaît le cas d’une femme de l’Alberta dont les neuf fils servaient dans l’armée ou travaillaient dans des usines d’autres villes. Cette femme conduisait le tracteur, labourait les champs, ratissait le foin et transportait le grain au moulin, tout en s’occupant du jardin, des poules, des cochons et des dindes.

De plus, elle trouvait le temps de préparer des centaines de bocaux de fruits et de légumes en conserve. Au Québec, des femmes ont même travaillé comme bûcheronnes. Pendant la guerre, Elsie Gregory MacGill, la première femme au monde à obtenir un diplôme d’ingénieure en aéronautique, a travaillé chez Fairchild Aircraft Limited. En 1940, la conception des avions et les méthodes de production de l’équipe locale ont permis à cette entreprise de produire plus de 100 avions Hurricane par mois.

Les femmes à la guerre

De nombreuses Canadiennes souhaitaient participer activement à la guerre. Elles ont fait pression sur le gouvernement pour créer des unités militaires féminines. Finalement, en 1941-1942, l’armée a changé à jamais en créant ses propres services pour femmes. Pour la première fois de l’histoire, les femmes pouvaient désormais porter l’uniforme au Canada. Plus de 50 000 femmes ont servi dans les forces armées pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris des Montréalaises :

  • Le Service féminin de l’Armée canadienne comptait 21 600 membres.
  • La Division féminine de l’Aviation royale canadienne comptait 17 400 membres.
  • Le Service féminin de la Marine royale du Canada était composé de 7 100 membres.

Les femmes en uniforme ont occupé divers rôles, tels que mécaniciennes, plieuses de parachutes, opératrices radio, commis et photographes. Au total, 4 480 infirmières ont participé à l’effort de guerre : 3 656 dans le Corps de santé royal canadien, 481 dans la Division médicale de l’Aviation royale du Canada et 343 dans le Service de santé de la Marine royale du Canada. Beaucoup de ces femmes se trouvaient à portée des tirs ennemis, et certaines y ont perdu la vie.

L’usine de Verdun

L’usine de Verdun, à Montréal, est un exemple frappant de la manière dont les femmes, en occupant des postes masculins, non seulement se sont acquittées de leurs tâches, mais ont également excellé. Pendant la guerre, une campagne de recrutement efficace a été menée pour attirer les femmes dans les usines. En juin 1941, les femmes représentaient 34 % des employés de l’usine de Verdun. À peine deux ans plus tard, en 1943, elles constituaient plus de la moitié de l’effectif, avec 51 %. De plus, certaines femmes ont réussi à obtenir des emplois qualifiés et même des postes de direction. C’est le cas de Lois Campbell, qui inspectait la qualité des munitions à l’usine de Verdun à partir de 1941.

Il faut souligner que les conditions de travail des employées dans cette usine montréalaise étaient très difficiles, et souvent dangereuses. Elles étaient exposées aux risques traditionnels du travail en usine : mauvaise ventilation, produits chimiques, machines et équipements lourds, charges pesantes, postures statiques, bruit, risque d’explosion, etc. Cependant, les employeurs ont mis en place des comités de sécurité et de production pour améliorer le quotidien de leurs travailleuses. Les usines de guerre devaient être bien éclairées et propres. En fin de compte, il s’est avéré que ces usines offraient de meilleures conditions de travail que la plupart des manufactures de textile.

Malgré des horaires exténuants, les femmes nouaient des liens d’amitié. Mildred Allen, qui travaillait comme inspectrice sur une chaîne de montage au service de contrôle de Defence Industries Limited à Montréal, décrit sa vie quotidienne à l’usine comme un temps passé avec de bonnes connaissances. Elles mangeaient ensemble à la cantine, où elles échangeaient des nouvelles du front, s’amusaient, plaisantaient et riaient, malgré les longues journées de travail. Personne ne se plaignait de sa vie.

Le rôle des femmes dans la victoire

La prise de conscience du rôle des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale est survenue en 1945, lorsque l’Allemagne nazie fut vaincue, Hitler mort, et les Allemands ayant capitulé. Des fêtes de la victoire ont eu lieu dans tout le Québec, comme dans tous les pays alliés. D’immenses rassemblements se sont tenus dans les rues de Montréal. Des centaines de femmes ont participé à ces événements. Et ce n’est pas un hasard, car cette grande victoire était aussi la leur. Pendant les années de guerre, des milliers de Montréalaises ont pris une part active aux opérations militaires. Certaines ont même servi dans les forces armées du Canada, se trouvant en première ligne.

Il y avait aussi des couturières, des infirmières, ainsi que des mécaniciennes, des dactylos, des soudeuses et même des électriciennes. À cette époque, il était plus facile de nommer un métier que les Montréalaises n’avaient pas appris, plutôt que d’énumérer tous ceux qu’elles maîtrisaient en travaillant dans les entreprises de la métropole, y compris des spécialités traditionnellement occupées par les hommes.

Cependant, certaines choses sont restées inchangées. Tout au long de la guerre, les travailleuses des entreprises montréalaises ont reçu un salaire nettement inférieur à celui des hommes pour un travail équivalent.

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