lundi, février 9, 2026

Loisirs et divertissements à Montréal pendant la Seconde Guerre mondiale

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne. La France et l’Angleterre déclarent immédiatement la guerre à l’envahisseur. Un peu plus d’une semaine plus tard, le 9 septembre, le Canada entre à son tour dans le conflit. Dès lors, l’économie de Montréal s’oriente presque exclusivement vers les besoins militaires. Pour les citoyens, cela signifie également le rationnement de produits de tous les jours comme le beurre, le lait, la viande, le sucre, le thé et le café. Chacun reçoit son propre carnet de rationnement. D’un autre côté, après des années de crise, cette situation mène la ville à une situation de plein emploi. Ce contexte favorise en outre une participation beaucoup plus active des femmes sur le marché du travail.

Ce retour à la prospérité entraîne une forte demande pour les divertissements. La vie théâtrale de Montréal pendant les années de guerre est particulièrement riche et variée, et les cabarets de la ville proposent des spectacles éclatants et animés. Cette vie culturelle foisonnante est alimentée par les nombreux militaires qui viennent en permission dans la métropole. Le revers de la médaille est le retour en force des maisons de jeu et des établissements de prostitution.

À tel point que le commandement militaire, préoccupé par le taux élevé de maladies vénériennes parmi les soldats, convoque en janvier 1944 les représentants de la municipalité. Un ultimatum leur est posé : soit les autorités ferment les lieux de débauche du quartier « Red Light », soit la ville sera déclarée zone interdite pour les militaires. Si elle avait été mise à exécution, cette menace aurait eu de graves conséquences sur l’économie et la réputation de Montréal. C’est ainsi que le 2 février, toutes les maisons closes ferment mystérieusement leurs portes simultanément, sans même l’intervention de la police. Pour en savoir plus sur la vie nocturne et culturelle à Montréal pendant la Seconde Guerre mondiale, consultez le site montrealyes.com.

La vie nocturne à Montréal pendant la guerre

La vie nocturne trépidante de Montréal attirait des artistes de renommée mondiale, des millions de touristes américains et des Montréalais désireux de s’évader de la guerre et de se divertir.

Dans les années 1940 et jusqu’au début des années 1950, Montréal était à son apogée en tant que ville de divertissement. La vie nocturne était si intense que Lili St-Cyr, une célèbre effeuilleuse américaine installée à Montréal, comparait chaque nuit à celle du Nouvel An à New York. Tout cela attirait des millions de touristes américains dans la métropole, séduits par son caractère français qui lui a valu à l’époque la réputation de « petit Paris de l’Amérique ».

Les habitants de la ville sortaient en masse pour profiter de toutes les expériences que Montréal offrait la nuit. Des années 1920 aux années 1950, les nuits montréalaises vibraient au rythme des cabarets. Le monde du spectacle de variétés, d’abord dominé par les artistes américains puis français, est progressivement devenu un espace d’apprentissage et d’expérimentation pour une nouvelle génération d’artistes du Québec et de Montréal.

Les cabarets montréalais proposaient des spectacles de variétés, une formule développée aux États-Unis et au Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle. Ces spectacles présentaient une succession de numéros diversifiés, incluant du chant, de la danse, de l’acrobatie, de la magie, de la jonglerie et des sketches comiques ou dramatiques.

Un orchestre assurait l’ambiance et permettait aux spectateurs de se détendre sur la piste de danse entre les numéros. Pour assurer la cohésion de la soirée, un maître de cérémonie présentait les différentes performances, divertissant le public avec des blagues empruntées aux comiques de New York ou de Hollywood.

Le jazz, un nouveau genre

Certains établissements montréalais se spécialisaient dans un nouveau genre : le jazz. Les musiciens, initialement engagés pour accompagner les numéros de cabaret, sont devenus de manière inattendue le clou du spectacle grâce à leurs improvisations virtuoses et endiablées. Le quartier montréalais de la Petite-Bourgogne, surnommé le « Harlem du Nord » en raison de sa grande communauté noire, abritait plusieurs clubs de jazz.

Des années 1930 aux années 1950, le Rockhead’s Paradise, premier club appartenant à un homme d’affaires noir de Montréal, a attiré de grands noms du jazz américain comme Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et Billie Holiday. Pendant de nombreuses années, le Café Saint-Michel a accueilli, entre autres, l’orchestre bebop de Louis Metcalfe. Les clubs de jazz de Montréal ont également permis à des musiciens locaux, tels qu’Oscar Peterson et Oliver Jones, de perfectionner leur art avant d’entamer une carrière internationale.

Les vedettes françaises à Montréal

La Seconde Guerre mondiale a permis de tisser des liens plus étroits entre le Québec et la France. Après la guerre, de grandes vedettes françaises comme Édith Piaf, Maurice Chevalier, Charles Trenet, Yves Montand et Line Renaud ont accepté de se produire à Montréal. Certains Français ont même décidé de s’installer définitivement au Québec, notamment Guilda, Jean Rafa et Paul Buissonneau. D’autres ont connu leurs premiers succès à Montréal, comme un certain Charles Aznavour.

Les Canadiens français, dont le niveau de vie s’était amélioré après la guerre, profitaient de plus en plus des attraits des nuits montréalaises. Ils appréciaient les divertissements en français qui leur étaient déjà proposés au théâtre et à la radio, où les vedettes locales commençaient à percer. Parmi elles, les acteurs de radioromans Juliette Béliveau et Gratien Gélinas, qui triomphait sur scène depuis 1938, et les animateurs Roger Baulu et Jacques Normand. Ce dernier, dès le début des années 1940, s’essayait aux spectacles de variétés à Montréal comme animateur, chanteur et fantaisiste, avant de se produire plus tard à Paris et à New York.

Les artistes français et québécois à Montréal s’entraidaient en montant des spectacles collaboratifs, où ils mélangeaient leurs numéros. Tout cela se déroulait dans une atmosphère festive et féerique. De plus, les spectateurs étaient invités à participer activement aux représentations, ou simplement à pousser la chansonnette sur scène pendant les entractes. Le succès fut immédiat. Cette effervescence a même inspiré la populaire chanson « Nuits de Montréal », interprétée par Jacques Normand.

Au milieu de toute cette vie nocturne qui animait Montréal au milieu du XXe siècle, et donc pendant la Seconde Guerre mondiale, des lieux où les communautés homosexuelles pouvaient s’affirmer un peu plus ouvertement se sont discrètement développés. Bien sûr, la marge de liberté était mince à l’époque. L’homosexualité était considérée comme une perversion grave, voire une maladie mentale.

C’était l’opinion dominante, même parmi les esprits progressistes, dans une société encore très patriarcale et conservatrice. Si l’homosexualité n’était pas un crime en soi, la police harcelait souvent les couples de même sexe en s’appuyant sur des articles du Code criminel relatifs à la conduite lascive, à la sodomie et, surtout, à la grossière indécence — une notion très vague et élastique.

Malgré la guerre, le spectacle continue

Pourtant, tout au long de la Seconde Guerre mondiale, les cabarets, les bars, les clubs et les cafés faisaient partie intégrante du paysage de la métropole. Les Montréalais et les visiteurs passaient d’un établissement à l’autre à la recherche de divertissements variés. Deux carrefours de la ville étaient incontournables pour ceux qui voulaient boire un verre et assister à un spectacle : l’intersection du boulevard Saint-Laurent et de la rue Sainte-Catherine, et le coin des rues Saint-Antoine et de la Montagne, alors surnommé « le Corner ».

Tandis que le premier carrefour était principalement associé aux cabarets, le second était plus réputé pour ses mélodies jazz. Les fêtards avaient l’occasion de voir les plus grandes vedettes américaines et européennes livrer des numéros endiablés sur les différentes scènes de la ville. Grâce à sa situation géographique, Montréal bénéficiait d’influences extérieures, important de nouvelles sonorités qui inspiraient les jeunes artistes du Québec.

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