lundi, février 16, 2026

L’histoire de la guerre des motards au Québec

La guerre des motards au Québec s’est déroulée de 1994 à 2002 et a opposé deux gangs rivaux : les Hells Angels et les Rock Machine. L’enjeu du conflit était le contrôle du trafic de drogue dans la rue. Malheureusement, cette confrontation a entraîné la mort de 162 personnes et a fait des dizaines de blessés, y compris au sein de la population civile. Pour en savoir plus, consultez montrealyes.

Qui sont les Hells Angels

Le gang de motards des Hells Angels a été fondé en Californie entre les années 1940 et 1950. Dans les années 1970, ils sont arrivés au Québec, où ils ont rapidement évincé le groupe de motards local, les Popeyes, et ont établi un monopole sur le trafic de drogue. En 1977, ils ont participé à ce qu’on a appelé la première guerre des motards contre le gang des Outlaws, un conflit dont ils sont sortis victorieux.

D’amis à ennemis

Fait intéressant, l’un des leaders des Hells Angels, Maurice « Mom » Boucher, et le chef des Rock Machine, Salvatore Cazzetta, étaient autrefois de bons amis. Ils appartenaient au même gang de motards, les SS, basé à Pointe-aux-Trembles, à l’extrémité est de l’île de Montréal. Leur principale activité consistait à « nettoyer » la ville des immigrants non blancs, principalement en les passant à tabac pour les forcer à retourner dans leur pays d’origine.

Par la suite, Maurice Boucher a décidé de rejoindre les Hells Angels, un gang impliqué dans le trafic de drogue, ce qui leur permettait de gagner beaucoup d’argent, contrairement aux passages à tabac gratuits d’immigrants « de couleur ».

Les Hells Angels se sont forgé une sinistre réputation en mars 1985, lors de ce qui est connu comme le massacre de Lennoxville. À cette occasion, les « Anges » ont abattu plusieurs de leurs propres membres, faute d’avoir trouvé un compromis dans la gestion de leurs affaires criminelles.

Ces événements ont visiblement séduit Maurice Boucher, qui a volontiers soutenu les Hells Angels. En revanche, pour Salvatore Cazzetta, une telle tournure était inacceptable. Il a donc quitté les Hells Angels et a fondé, avec son frère Giovanni, son propre gang de motards, les Rock Machine, en 1986.

Le début de la guerre

Au cours des années suivantes, affaiblis par le massacre de Lennoxville, plusieurs autres fusillades et une série d’arrestations, l’influence des Hells Angels en ville a diminué, ce qui a permis aux Rock Machine de s’implanter sur le marché. Cependant, au début des années 1990, les « Anges » ont décidé de reconquérir leur gloire passée. L’arrestation de Salvatore Cazzetta en Floride, condamné à 10 ans de prison pour trafic de cocaïne, a particulièrement favorisé leurs plans. Dès lors, les Hells Angels ont décrété que toute personne impliquée dans le trafic de drogue à Montréal devait s’approvisionner exclusivement auprès d’eux.

Ces conditions ne convenaient pas à Giovanni Cazzetta. Il a donc utilisé ses relations pour bâtir une alliance, le « Dark Circle », afin de contrer les tentatives des Hells Angels d’imposer leur monopole sur le trafic de drogue au Québec.

Les premiers coups de feu sont venus des Rock Machine. Le 13 juillet 1994, des hommes masqués ont assassiné Pierre Daoust, membre des Death Riders, un club affilié aux Hells Angels. Le lendemain, une autre tentative de meurtre a visé un membre du gang des « Anges ». La Sûreté du Québec a également arrêté plusieurs membres des Rock Machine pour une tentative d’attentat à la bombe contre un bâtiment sur la Rive-Sud de Montréal.

En réponse, les Hells Angels, sous la direction de Maurice Boucher, ont décidé d’entrer en guerre à leur tour.

La mort de civils

Entre 1994 et 1995, le conflit a provoqué de nombreuses fusillades, entraînant la mort de membres des deux camps. Cependant, le 9 août 1995, la guerre des motards a touché de plein fouet la population civile avec la mort de Daniel Desrochers, un garçon de 11 ans, tué par l’explosion d’une voiture piégée dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. L’enfant est devenu la première victime innocente du conflit. Dès lors, le public a commencé à exprimer ouvertement son mécontentement face à la passivité de la police de Montréal, qui ne semblait pas prendre la situation au sérieux ni tenter de mettre fin au massacre. Au début de 1996, le bilan de la guerre des motards s’élevait à 28 morts. En 1997 et 2001, des lois ont été adoptées pour renforcer les peines contre les membres de groupes criminels organisés.

Un autre événement qui a secoué l’opinion publique fut la tentative de meurtre du journaliste Michel Auger en septembre 2000. Il a reçu six balles dans le dos, mais a trouvé la force d’appeler les secours avec son téléphone portable. L’enquête a plus tard révélé que les Hells Angels avaient commandité l’attentat. L’indignation du public a finalement conduit à une trêve temporaire entre les gangs. Le calme est revenu à Montréal pendant quelques semaines, avant que la violence ne reprenne.

La fin de la guerre

En 1999, les Hells Angels semblaient sur le point de remporter le conflit et d’établir leur monopole sur le marché de la drogue à Montréal. Cependant, cette année-là, les Rock Machine ont obtenu le soutien du club de motards criminel international, les Bandidos. Les Hells Angels ont alors commencé à craindre que les Bandidos ne s’emparent du marché canadien de la drogue, en particulier de la lucrative province de l’Ontario. C’est pourquoi, en décembre 2000, environ 200 membres des Hells Angels ont quitté Montréal pour s’installer en Ontario.

En mars de l’année suivante, dans le cadre de l’opération de police « Printemps 2001 », des centaines de motards ont été arrêtés à travers le Canada, y compris Maurice Boucher. Cela a porté un dur coup aux Hells Angels à Montréal, permettant aux motards des Bandidos de s’emparer du marché de la drogue. Mais leur succès fut de courte durée. En juin 2002, les chefs canadiens des Bandidos ont été arrêtés à leur tour. L’organisation a été pratiquement anéantie d’un seul coup, et la paix est enfin revenue à Montréal.

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